JULES VERNE · Part 3

Chapter 54

Chapter 54

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Contemporary French adaptation used for the narrated edition. Editorial review is ongoing.

Exploration de la presqu’île Serpentine. — Campement à l’embouchure de la rivière de la Chute. — À six cents pas du corral. — Reconnaissance menée par Gédéon Spilett et Pencroff. — Leur retour. — Tous en avant ! — Une porte ouverte. — Une fenêtre éclairée. — À la lumière de la lune.

Le lendemain, 18 février, fut consacré à l’exploration de toute la partie boisée qui bordait la côte, du promontoire du Reptile à la rivière de la Chute. Les colons purent fouiller à fond cette forêt, large de trois à quatre milles, qui s’étendait entre les deux rivages de la presqu’île Serpentine. Par leur haute taille et leur ramure touffue, les arbres témoignaient de la puissance de la végétation sur ce sol, plus étonnante ici que partout ailleurs dans l’île. On aurait dit un coin des forêts vierges d’Amérique ou d’Afrique centrale transporté sous ces latitudes moyennes. Cela portait à croire que ces magnifiques végétaux trouvaient dans ce sol, humide en surface mais chauffé en profondeur par des feux volcaniques, une chaleur qui ne pouvait appartenir à un climat tempéré. Les espèces dominantes étaient précisément ces kauris et ces eucalyptus qui atteignaient des dimensions gigantesques.

Mais les colons n’avaient pas pour but d’admirer ces splendeurs végétales. Ils savaient déjà qu’à cet égard, l’île Lincoln aurait mérité de prendre place parmi les Canaries, d’abord nommées îles Fortunées. Maintenant, hélas, leur île ne leur appartenait plus tout entière. D’autres en avaient pris possession, des scélérats en foulaient le sol, et il fallait les détruire jusqu’au dernier.

Sur la côte ouest, on ne retrouva plus aucune trace, malgré tout le soin mis à les chercher. Plus d’empreintes de pas, plus de branches brisées, plus de cendres refroidies, plus de campements abandonnés.

— Cela ne m’étonne pas, dit Cyrus Smith à ses compagnons. Les forçats ont débarqué près de la pointe de l’Épave, puis ils se sont immédiatement enfoncés dans les forêts du Far-West après avoir traversé le marais des Tadornes. Ils ont donc suivi à peu près le même chemin que nous en quittant Granite-house. Cela explique les traces que nous avons trouvées dans les bois. Mais, une fois sur le littoral, les forçats ont bien compris qu’ils n’y trouveraient pas de refuge convenable. C’est alors qu’ils sont remontés vers le nord et ont découvert le corral…

— Où ils sont peut-être revenus… dit Pencroff.

— Je ne le pense pas, répondit l’ingénieur, car ils doivent bien supposer que nos recherches se porteront de ce côté. Le corral n’est pour eux qu’un lieu où s’approvisionner, et non un campement définitif.

— Je suis de l’avis de Cyrus, dit le reporter. Selon moi, ce doit être au milieu des contreforts du mont Franklin que les forçats auront cherché un repaire.

— Alors, monsieur Cyrus, droit au corral ! s’écria Pencroff. Il faut en finir, et jusqu’ici nous avons perdu notre temps !

— Non, mon ami, répondit l’ingénieur. Vous oubliez que nous avions intérêt à savoir si les forêts du Far-West ne cachaient pas une habitation. Notre exploration a un double but, Pencroff. D’un côté, nous devons punir le crime ; de l’autre, nous avons un acte de reconnaissance à accomplir !

— Voilà qui est bien parlé, monsieur Cyrus, répondit le marin. À mon avis, pourtant, nous ne trouverons ce gentleman que s’il le veut bien !

Et, vraiment, Pencroff ne faisait qu’exprimer l’opinion de tous. Il était probable que la retraite de l’inconnu ne devait pas être moins mystérieuse que lui-même !

Ce soir-là, le chariot s’arrêta à l’embouchure de la rivière de la Chute. On organisa le campement comme d’habitude et l’on prit les précautions habituelles pour la nuit. Harbert, redevenu le garçon vigoureux et bien portant qu’il était avant sa maladie, profitait pleinement de cette vie au grand air, entre les brises de l’Océan et l’atmosphère vivifiante des forêts. Sa place n’était plus sur le chariot, mais en tête de la caravane.

Le lendemain, 19 février, les colons quittèrent le littoral, où, au-delà de l’embouchure, des basaltes de toutes formes s’entassaient de façon si pittoresque. Ils remontèrent la rivière par sa rive gauche. La route était en partie dégagée grâce aux excursions précédentes, faites du corral à la côte ouest. Les colons se trouvaient alors à six milles du mont Franklin.

Voici quel était le projet de l’ingénieur : observer minutieusement toute la vallée dont le fond formait le lit de la rivière, puis gagner avec prudence les environs du corral. Si celui-ci était occupé, le prendre de force ; sinon, s’y retrancher et en faire le centre des opérations destinées à explorer le mont Franklin.

Les colons approuvèrent ce plan à l’unanimité. Ils avaient vraiment hâte de reprendre pleinement possession de leur île !

On marcha donc dans l’étroite vallée qui séparait deux des plus puissants contreforts du mont Franklin. Serrés sur les berges de la rivière, les arbres se raréfiaient vers les parties hautes du volcan. Le terrain était montagneux, assez accidenté et très propice aux embuscades. On ne s’y aventura qu’avec une extrême prudence. Top et Jup marchaient en éclaireurs. Ils se lançaient à droite et à gauche dans les taillis épais, rivalisant d’intelligence et d’adresse. Mais rien n’indiquait qu’on ait récemment fréquenté les rives du cours d’eau. Rien ne signalait la présence ou la proximité des forçats.

Vers cinq heures du soir, le chariot s’arrêta à environ six cents pas de la palissade. Un rideau de grands arbres disposés en demi-cercle la cachait encore.

Il fallait donc reconnaître le corral pour savoir s’il était occupé. Y aller ouvertement, en pleine lumière, si les forçats y étaient embusqués, c’était risquer de recevoir un mauvais coup, comme cela était arrivé à Harbert. Il valait donc mieux attendre la nuit.

Cependant, Gédéon Spilett voulait examiner sans plus attendre les abords du corral, et Pencroff, à bout de patience, proposa de l’accompagner.

— Non, mes amis, répondit l’ingénieur. Attendez la nuit. Je ne laisserai pas l’un de vous s’exposer en plein jour.

— Mais, monsieur Cyrus… répliqua le marin, peu disposé à obéir.

— Je vous en prie, Pencroff, dit l’ingénieur.

— Soit ! répondit le marin, qui détourna sa colère en accablant les forçats des insultes les plus rudes du répertoire maritime.

Les colons restèrent donc autour du chariot et surveillèrent attentivement les parties voisines de la forêt.

Trois heures passèrent ainsi. Le vent était tombé, et un silence absolu régnait sous les grands arbres. On aurait entendu sans peine le craquement de la plus fine branche, un bruit de pas sur les feuilles sèches ou le glissement d’un corps dans les herbes. Tout était tranquille. D’ailleurs, Top, couché à terre, la tête allongée sur les pattes, ne donnait aucun signe d’inquiétude.

À huit heures, la soirée parut assez avancée pour qu’on puisse effectuer la reconnaissance dans de bonnes conditions. Gédéon Spilett se déclara prêt à partir avec Pencroff. Cyrus Smith y consentit. Top et Jup durent rester avec l’ingénieur, Harbert et Nab : il ne fallait pas qu’un aboiement ou un cri malvenu donne l’alerte.

— Ne vous aventurez pas imprudemment, recommanda Cyrus Smith au marin et au reporter. Vous n’avez pas à prendre possession du corral, mais seulement à reconnaître s’il est occupé ou non.

— C’est convenu, répondit Pencroff.

Et tous deux partirent.

Sous les arbres, l’épaisseur du feuillage créait déjà une obscurité qui rendait les objets invisibles au-delà d’un rayon de trente à quarante pieds. Le reporter et Pencroff s’arrêtaient dès qu’un bruit leur semblait suspect et n’avançaient qu’avec les précautions les plus extrêmes.

Ils marchaient à distance l’un de l’autre pour offrir moins de prise aux coups de feu. Et, à vrai dire, ils s’attendaient à chaque instant à entendre une détonation.

Cinq minutes après avoir quitté le chariot, Gédéon Spilett et Pencroff arrivèrent à la lisière du bois, devant la clairière au fond de laquelle se dressait la palissade.

Ils s’arrêtèrent. Quelques vagues lueurs baignaient encore la prairie sans arbres. À trente pas se dressait la porte du corral, qui paraissait fermée. Ces trente pas à parcourir entre la lisière du bois et l’enceinte constituaient la zone dangereuse, pour employer une expression empruntée à la balistique. En effet, une ou plusieurs balles tirées du haut de la palissade auraient jeté à terre quiconque se serait aventuré dans cette zone.

Gédéon Spilett et le marin n’étaient pas hommes à reculer. Mais ils savaient qu’une imprudence dont ils seraient les premières victimes retomberait ensuite sur leurs compagnons. S’ils étaient tués, que deviendraient Cyrus Smith, Nab et Harbert ?

Mais Pencroff, surexcité de se sentir si près du corral où il supposait que les forçats s’étaient réfugiés, allait s’avancer quand le reporter le retint d’une main vigoureuse.

— Dans quelques instants, il fera tout à fait nuit, murmura Gédéon Spilett à l’oreille de Pencroff, et ce sera le moment d’agir.

Pencroff, qui serrait convulsivement la crosse de son fusil, se maîtrisa et attendit en maugréant.

Bientôt, les dernières lueurs du crépuscule disparurent complètement. L’ombre, qui semblait sortir de l’épaisse forêt, envahit la clairière. Le mont Franklin se dressait comme un immense écran devant l’horizon du couchant, et l’obscurité vint rapidement, comme cela arrive dans les régions déjà basses en latitude. C’était le moment.

Depuis qu’ils s’étaient postés à la lisière du bois, le reporter et Pencroff n’avaient pas quitté la palissade des yeux. Le corral semblait entièrement abandonné. Le haut de la palissade formait une ligne un peu plus noire que l’ombre environnante, et rien n’en troublait la netteté. Pourtant, si les forçats étaient là, ils avaient dû poster l’un d’eux pour se protéger de toute surprise.

Gédéon Spilett serra la main de son compagnon, et tous deux avancèrent en rampant vers le corral, les fusils prêts à tirer.

Ils arrivèrent à la porte de l’enceinte sans qu’un seul trait de lumière ait traversé l’ombre.

Pencroff essaya de pousser la porte. Elle était fermée, comme le reporter et lui l’avaient supposé. Le marin put cependant constater que les barres extérieures n’avaient pas été mises en place.

On pouvait donc en conclure que les forçats occupaient alors le corral et qu’ils avaient vraisemblablement bloqué la porte de façon à empêcher qu’on la force.

Gédéon Spilett et Pencroff tendirent l’oreille.

Pas un bruit à l’intérieur de l’enceinte. Les mouflons et les chèvres, sans doute endormis dans leurs étables, ne troublaient en rien le calme de la nuit.

Comme ils n’entendaient rien, le reporter et le marin se demandèrent s’ils devaient escalader la palissade et entrer dans le corral. Cela aurait été contraire aux instructions de Cyrus Smith.

Certes, l’opération pouvait réussir, mais elle pouvait aussi échouer. Si les forçats ne se doutaient de rien, s’ils ignoraient l’expédition menée contre eux, si enfin une chance de les surprendre existait à ce moment, fallait-il la compromettre en franchissant la palissade sans réfléchir ?

Le reporter ne le pensait pas. Il jugea raisonnable d’attendre que tous les colons soient réunis pour tenter d’entrer dans le corral. Une chose était certaine : on pouvait arriver jusqu’à la palissade sans être vu, et l’enceinte ne paraissait pas gardée. Ce point établi, il ne restait qu’à retourner au chariot ; on déciderait ensuite.

Pencroff partagea probablement cet avis, car il suivit sans difficulté le reporter lorsque celui-ci se replia dans le bois.

Quelques minutes plus tard, l’ingénieur était informé de la situation.

— Eh bien, dit-il après avoir réfléchi, j’ai maintenant des raisons de croire que les forçats ne sont pas au corral.

— Nous le saurons bien quand nous aurons escaladé l’enceinte, répondit Pencroff.

— Au corral, mes amis ! dit Cyrus Smith.

— Laissons-nous le chariot dans le bois ? demanda Nab.

— Non, répondit l’ingénieur, c’est notre fourgon de munitions et de vivres et, au besoin, il nous servira de retranchement.

— En avant donc ! dit Gédéon Spilett.

Le chariot sortit du bois et se mit à rouler sans bruit vers la palissade. L’obscurité était alors profonde, le silence aussi complet qu’au moment où Pencroff et le reporter s’étaient éloignés en rampant sur le sol. L’herbe épaisse étouffait entièrement le bruit des pas.

Les colons étaient prêts à tirer. Sur l’ordre de Pencroff, Jup restait en arrière. Nab tenait Top en laisse pour l’empêcher de s’élancer en avant.

La clairière apparut bientôt. Elle était déserte. Sans hésiter, la petite troupe avança vers l’enceinte. La zone dangereuse fut vite franchie. Aucun coup de feu n’avait été tiré. Le chariot s’arrêta en atteignant la palissade. Nab resta à la tête des onaggas pour les retenir. L’ingénieur, le reporter, Harbert et Pencroff se dirigèrent alors vers la porte pour voir si elle était barricadée de l’intérieur…

Un des battants était ouvert !

— Mais que disiez-vous ? demanda l’ingénieur en se retournant vers le marin et Gédéon Spilett.

Tous deux étaient stupéfaits.

— Sur mon salut, dit Pencroff, cette porte était fermée tout à l’heure !

Les colons hésitèrent alors. Les forçats étaient-ils donc dans le corral quand Pencroff et le reporter étaient venus le reconnaître ? Cela ne pouvait faire de doute : la porte, alors fermée, n’avait pu être ouverte que par eux ! Y étaient-ils encore, ou l’un d’eux venait-il de sortir ?

Toutes ces questions se présentèrent aussitôt à l’esprit de chacun, mais comment y répondre ?

À ce moment, Harbert, qui avait avancé de quelques pas à l’intérieur de l’enceinte, recula précipitamment et saisit la main de Cyrus Smith.

— Qu’y a-t-il ? demanda l’ingénieur.

— Une lumière !

— Dans la maison ?

— Oui !

Tous cinq s’avancèrent vers la porte. À travers les vitres de la fenêtre qui leur faisait face, ils virent en effet trembler une faible lueur.

Cyrus Smith prit rapidement sa décision.

— C’est une chance unique, dit-il à ses compagnons, de trouver les forçats enfermés dans cette maison, sans qu’ils s’attendent à rien ! Ils sont à nous ! En avant !

Les colons se glissèrent alors dans l’enceinte, le fusil prêt à être épaulé. Le chariot avait été laissé dehors, sous la garde de Jup et de Top, qu’on y avait attachés par prudence.

En longeant la palissade, Cyrus Smith, Pencroff et Gédéon Spilett d’un côté, Harbert et Nab de l’autre, observèrent cette partie du corral, entièrement obscure et déserte.

En quelques instants, tous arrivèrent près de la maison, devant la porte fermée.

Cyrus Smith fit un signe de la main à ses compagnons pour leur recommander de ne pas bouger, puis s’approcha de la vitre faiblement éclairée par la lumière intérieure.

Son regard plongea dans l’unique pièce qui formait le rez-de-chaussée de la maison.

Sur la table brillait un fanal allumé. Près de la table se trouvait le lit qui avait autrefois servi à Ayrton.

Sur le lit reposait le corps d’un homme.

Soudain, Cyrus Smith recula et, d’une voix étouffée :

— Ayrton ! s’écria-t-il.

Aussitôt, la porte fut plutôt enfoncée qu’ouverte, et les colons se précipitèrent dans la chambre.

Ayrton paraissait dormir. Son visage montrait qu’il avait longtemps et cruellement souffert. On voyait de larges meurtrissures à ses poignets et à ses chevilles.

Cyrus Smith se pencha sur lui.

— Ayrton ! s’écria l’ingénieur en saisissant le bras de l’homme qu’il venait de retrouver dans des circonstances si inattendues.

À cet appel, Ayrton ouvrit les yeux. Il regarda Cyrus Smith en face, puis les autres :

— Vous, s’écria-t-il, vous ?

— Ayrton ! Ayrton ! répéta Cyrus Smith.

— Où suis-je ?

— Dans la maison du corral !

— Seul ?

— Oui !

— Mais ils vont venir ! s’écria Ayrton. Défendez-vous ! Défendez-vous !

Et Ayrton retomba, épuisé.

— Spilett, dit alors l’ingénieur, nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre. Faites entrer le chariot dans le corral. Puis barricadez la porte et revenez tous ici.

Pencroff, Nab et le reporter s’empressèrent d’exécuter les ordres de l’ingénieur. Il n’y avait pas un instant à perdre. Le chariot était peut-être même déjà entre les mains des forçats !

En un instant, le reporter et ses deux compagnons eurent traversé le corral et rejoint la porte de la palissade, derrière laquelle on entendait Top gronder sourdement.

Quittant Ayrton un instant, l’ingénieur sortit de la maison, prêt à tirer. Harbert était à ses côtés. Tous deux surveillaient la crête du contrefort qui dominait le corral. Si les forçats étaient embusqués là, ils pouvaient frapper les colons l’un après l’autre.

À ce moment, la lune apparut à l’est, au-dessus du noir rideau de la forêt, et une blanche nappe de lumière se répandit dans l’enceinte. Le corral s’éclaira tout entier, avec ses bouquets d’arbres, le petit cours d’eau qui l’arrosait et son large tapis d’herbes. Du côté de la montagne, la maison et une partie de la palissade se détachaient en blanc. Du côté opposé, vers la porte, l’enceinte restait sombre.

Une masse noire apparut bientôt. C’était le chariot qui entrait dans le cercle de lumière. Cyrus Smith put entendre le bruit de la porte que ses compagnons refermaient en fixant solidement les battants à l’intérieur.

Mais, à ce moment, Top rompit violemment sa laisse, se mit à aboyer avec fureur et s’élança vers le fond du corral, à droite de la maison.

— Attention, mes amis, et en joue !… cria Cyrus Smith.

Les colons avaient épaulé leurs fusils et attendaient le moment de tirer. Top aboyait toujours, et Jup, qui courait vers le chien, poussa des sifflements aigus.

Les colons le suivirent et arrivèrent au bord du petit ruisseau ombragé de grands arbres.

Et là, en pleine lumière, que virent-ils ?

Cinq corps étendus sur la berge !

C’étaient ceux des forçats qui, quatre mois auparavant, avaient débarqué sur l’île Lincoln !

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