JULES VERNE · Part 3

Chapter 56

Chapter 56

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Contemporary French adaptation used for the narrated edition. Editorial review is ongoing.

Trois ans ont passé. — La question du nouveau navire. — La décision prise. — Prospérité de la colonie. — Le chantier de construction. — Les froids de l’hémisphère austral. — Pencroff se résigne. — Lavage du linge. — Le mont Franklin.

Trois ans s’étaient écoulés depuis l’évasion des prisonniers de Richmond. Combien de fois, pendant ces trois années, avaient-ils parlé de leur patrie, toujours présente dans leurs pensées !

Ils ne doutaient pas que la guerre civile soit terminée, et il leur paraissait impossible que la juste cause du Nord n’ait pas triomphé. Mais quels avaient été les événements de cette terrible guerre ? Combien de sang avait-elle coûté ? Lesquels de leurs amis avaient succombé dans la lutte ? Ils en parlaient souvent, sans entrevoir encore le jour où ils pourraient revoir leur pays. Y retourner, ne serait-ce que quelques jours, renouer avec le monde habité, établir un lien entre leur patrie et leur île, puis passer la plus longue partie de leur existence — peut-être la meilleure — dans cette colonie qu’ils avaient fondée et qui dépendrait alors de la métropole : était-ce donc un rêve impossible ?

Deux moyens seulement permettaient de le réaliser : un navire apparaîtrait un jour dans les eaux de l’île Lincoln, ou les colons construiraient eux-mêmes un bâtiment assez solide pour tenir la mer jusqu’aux terres les plus proches.

— À moins, disait Pencroff, que notre génie ne nous fournisse lui-même le moyen de rentrer au pays !

À vrai dire, si l’on avait annoncé à Pencroff et à Nab qu’un navire de trois cents tonneaux les attendait dans le golfe du Requin ou à Port-Ballon, ils n’auraient pas même eu un geste de surprise. Dans ce domaine, ils s’attendaient à tout.

Moins confiant, Cyrus Smith leur conseilla de revenir à la réalité. Il le fit à propos de la construction d’un bâtiment, tâche véritablement urgente : il fallait déposer au plus tôt à l’île Tabor un document indiquant la nouvelle résidence d’Ayrton.

Le Bonadventure n’existait plus. Construire un autre navire demanderait au moins six mois. Or l’hiver approchait : le voyage ne pourrait avoir lieu avant le printemps suivant.

— Nous avons donc le temps de nous préparer pour la belle saison, dit l’ingénieur en discutant avec Pencroff. Puisque nous devons refaire notre embarcation, mon ami, je pense qu’il vaudrait mieux lui donner de plus grandes dimensions. L’arrivée du yacht écossais à l’île Tabor est très incertaine. Il est même possible qu’il y soit venu depuis plusieurs mois et en soit reparti après avoir cherché en vain une trace d’Ayrton. Ne devrions-nous pas construire un navire capable, au besoin, de nous conduire aux archipels polynésiens ou en Nouvelle-Zélande ? Qu’en pensez-vous ?

— Je pense, monsieur Cyrus, répondit le marin, je pense que vous êtes aussi capable de construire un grand navire qu’un petit. Ni le bois ni les outils ne nous manquent. Ce n’est qu’une question de temps.

— Combien de mois faudrait-il pour construire un navire de deux cent cinquante à trois cents tonneaux ? demanda Cyrus Smith.

— Au moins sept ou huit mois, répondit Pencroff. Mais n’oublions pas que l’hiver arrive. Par grand froid, le bois est difficile à travailler. Il faut donc prévoir quelques semaines d’arrêt, et nous pourrons nous estimer très heureux si le bâtiment est prêt en novembre prochain.

— Eh bien, répondit Cyrus Smith, ce serait justement la bonne saison pour entreprendre une traversée d’une certaine importance, vers l’île Tabor ou une terre plus éloignée.

— En effet, monsieur Cyrus, répondit le marin. Faites vos plans : les ouvriers sont prêts. J’imagine qu’Ayrton pourra nous donner un bon coup de main.

Les colons furent consultés et approuvèrent le projet de l’ingénieur. C’était, à vrai dire, la meilleure chose à faire. Construire un navire de deux à trois cents tonneaux représentait certes un énorme travail, mais leurs nombreux succès passés justifiaient la confiance qu’ils avaient en eux-mêmes.

Cyrus Smith se mit donc à dessiner les plans du navire et à en déterminer le gabarit. Pendant ce temps, ses compagnons abattaient et transportaient les arbres qui fourniraient les courbes, la membrure et le bordé. Ils trouvèrent dans la forêt du Far-West les meilleurs chênes et ormes. La trouée ouverte lors de la dernière excursion permit d’aménager une voie praticable, baptisée route du Far-West. Les arbres furent acheminés jusqu’aux Cheminées, où l’on installa le chantier. Le tracé de la route était irrégulier, en partie déterminé par le choix des arbres à couper. Elle facilitait toutefois l’accès à une portion importante de la presqu’île Serpentine.

Il fallait couper et débiter rapidement ce bois : on ne pouvait pas l’employer encore vert, et il fallait laisser au temps le soin de le durcir. Les charpentiers travaillèrent donc avec ardeur pendant avril, qui ne fut troublé que par quelques coups de vent d’équinoxe assez violents. Maître Jup les aidait adroitement. Il grimpait au sommet des arbres pour fixer les cordes d’abattage, ou prêtait ses robustes épaules au transport des troncs débarrassés de leurs branches.

Tout le bois fut empilé sous un vaste appentis de planches construit près des Cheminées. Il y attendit le moment d’être utilisé.

Avril fut assez beau, comme l’est souvent octobre dans la zone boréale. Les travaux agricoles avançaient eux aussi activement. Bientôt, toute trace de dévastation eut disparu du plateau de Grande-Vue. Le moulin fut rebâti, et de nouveaux bâtiments s’élevèrent à la basse-cour. Il avait paru nécessaire de les agrandir, tant la population d’oiseaux augmentait. Les étables abritaient maintenant cinq onaggas : quatre animaux vigoureux et bien dressés, qu’on pouvait atteler ou monter, et un petit qui venait de naître. Une charrue avait enrichi le matériel de la colonie. Les onaggas labouraient comme de véritables bœufs du Yorkshire ou du Kentucky. Les colons se répartissaient les tâches, et les bras ne restaient pas inactifs. Quelle belle santé chez ces travailleurs ! Et quelle bonne humeur ils apportaient aux soirées de Granite-house, à former mille projets d’avenir !

Il va sans dire qu’Ayrton partageait pleinement la vie commune. Il n’était plus question qu’il retourne vivre au corral. Il demeurait pourtant triste, peu communicatif, et participait davantage aux travaux qu’aux plaisirs de ses compagnons. Mais quel travailleur solide : vigoureux, adroit, ingénieux, intelligent ! Tous l’estimaient et l’aimaient ; il ne pouvait l’ignorer.

Le corral ne fut pas abandonné pour autant. Tous les deux jours, l’un des colons y allait en chariot ou à dos d’onagga pour soigner les mouflons et les chèvres, puis rapportait le lait destiné à l’office de Nab. Ces trajets donnaient aussi l’occasion de chasser. Harbert et Gédéon Spilett, précédés de Top, parcouraient donc la route du corral plus souvent que les autres. Avec leurs excellentes armes, ils approvisionnaient toujours la maison : cabiais, agoutis, kangourous, sangliers et porcs sauvages pour le gros gibier ; canards, tétras, coqs de bruyère, jacamars et bécassines pour le petit. Les produits de la garenne et de l’huîtrière, quelques tortues capturées, une nouvelle pêche des excellents saumons qui vinrent de nouveau s’engouffrer dans la Mercy, les légumes du plateau de Grande-Vue et les fruits naturels de la forêt : les richesses s’ajoutaient aux richesses. Nab, le maître-coq, parvenait à peine à tout emmagasiner.

Le fil télégraphique entre le corral et Granite-house avait bien entendu été rétabli. Il fonctionnait lorsque l’un des colons, au corral, jugeait nécessaire d’y passer la nuit. L’île était d’ailleurs sûre, désormais. Aucune agression n’était à craindre, du moins de la part des hommes.

Mais ce qui s’était produit pouvait se reproduire. Un débarquement de pirates, voire de forçats évadés, restait toujours à craindre. Des compagnons ou des complices de Bob Harvey encore détenus à Norfolk avaient peut-être connu ses projets et pouvaient être tentés de l’imiter. Les colons continuaient donc de surveiller les abords de l’île. Chaque jour, ils promenaient leur longue-vue sur le vaste horizon qui fermait la baie de l’Union et la baie Washington. Lorsqu’ils se rendaient au corral, ils examinaient la mer à l’ouest avec autant d’attention. En montant sur le contrefort, ils pouvaient observer une large portion de l’horizon occidental.

Rien de suspect n’apparaissait, mais il fallait rester constamment sur ses gardes.

Un soir, l’ingénieur présenta donc à ses amis son projet de fortifier le corral. Il jugeait prudent de surélever la palissade et de la flanquer d’une sorte de blockhaus, où les colons pourraient au besoin résister à une troupe ennemie. Granite-house pouvait être considéré comme imprenable du seul fait de sa position. Le corral, avec ses bâtiments, ses réserves et ses animaux, resterait donc l’objectif de tous les pirates qui débarqueraient sur l’île. Si les colons devaient s’y enfermer, il fallait qu’ils puissent résister sans désavantage.

Le projet demandait réflexion. Sa réalisation dut d’ailleurs être reportée au printemps suivant.

Vers le 15 mai, la quille du nouveau bâtiment s’allongeait sur le chantier. Bientôt, l’étrave et l’étambot s’y dressèrent presque perpendiculairement, emboîtés dans des mortaises à chacune de ses extrémités. Cette quille de bon chêne mesurait cent dix pieds de long, ce qui permettrait de donner vingt-cinq pieds de largeur au maître-bau. Mais ce fut tout ce que les charpentiers purent faire avant le froid et le mauvais temps. Pendant la semaine suivante, ils posèrent encore les premiers couples de l’arrière, puis durent suspendre les travaux.

Les derniers jours du mois furent extrêmement mauvais. Le vent d’est soufflait parfois avec la violence d’un ouragan. L’ingénieur s’inquiéta un peu pour les hangars du chantier, qu’il n’aurait d’ailleurs pu installer nulle part ailleurs à proximité de Granite-house. L’îlot ne protégeait qu’imparfaitement la côte des fureurs du large. Lors des grandes tempêtes, les vagues battaient directement le pied de la muraille de granit.

Heureusement, ces craintes ne se réalisèrent pas. Le vent tourna plutôt au sud-est. Le rivage de Granite-house se trouvait alors entièrement protégé par l’avancée de la pointe de l’Épave.

Pencroff et Ayrton, les deux constructeurs les plus acharnés, poursuivirent le travail aussi longtemps qu’ils le purent. Ni le vent qui leur tordait les cheveux ni la pluie qui les trempait jusqu’aux os ne les arrêtaient : un coup de marteau vaut autant par mauvais temps que par beau temps. Mais un froid très vif succéda à cette période humide. Les fibres du bois devinrent dures comme le fer et le rendirent extrêmement difficile à travailler. Vers le 10 juin, il fallut définitivement abandonner la construction du bateau.

Cyrus Smith et ses compagnons avaient bien remarqué la rigueur des hivers de l’île Lincoln. Le froid y était comparable à celui des États de la Nouvelle-Angleterre, situés à peu près à la même distance de l’équateur. Dans l’hémisphère boréal, du moins dans la partie occupée par la Nouvelle-Bretagne et le nord des États-Unis, le phénomène s’explique par les territoires plats qui touchent au pôle : aucune élévation du sol n’y arrête les vents glacés de l’extrême nord. Mais cette explication ne pouvait valoir pour l’île Lincoln.

— On a même observé, dit un jour Cyrus Smith à ses compagnons, qu’à latitude égale, les îles et les côtes souffrent moins du froid que les régions de l’intérieur des terres. J’ai souvent entendu affirmer, par exemple, que les hivers de Lombardie sont plus rigoureux que ceux d’Écosse. Cela tiendrait à ce que la mer restitue en hiver la chaleur reçue pendant l’été. Les îles sont donc les mieux placées pour en bénéficier.

— Mais alors, monsieur Cyrus, demanda Harbert, pourquoi l’île Lincoln semble-t-elle échapper à cette règle ?

— C’est difficile à expliquer, répondit l’ingénieur. Je serais toutefois porté à croire que cette particularité vient de sa situation dans l’hémisphère austral. Comme tu le sais, mon enfant, il est plus froid que l’hémisphère boréal.

— En effet, dit Harbert. Les glaces flottantes se rencontrent à des latitudes plus basses dans le sud que dans le nord du Pacifique.

— C’est vrai, répondit Pencroff. Quand j’étais baleinier, j’ai vu des icebergs jusqu’à la hauteur du cap Horn.

— La présence de glaces ou de banquises relativement très proches pourrait peut-être expliquer les froids rigoureux de l’île Lincoln, dit Gédéon Spilett.

— Votre opinion est tout à fait admissible, mon cher Spilett, répondit Cyrus Smith. C’est évidemment à la proximité de la banquise que nous devons nos hivers rigoureux. J’ajouterai qu’une cause purement physique rend l’hémisphère austral plus froid que l’hémisphère boréal. Puisque le soleil est plus proche de cet hémisphère en été, il en est nécessairement plus éloigné en hiver. Voilà pourquoi les températures sont excessives dans les deux sens. Si les hivers sont très froids sur l’île Lincoln, n’oublions pas qu’à l’inverse les étés y sont très chauds.

— Mais pourquoi donc, s’il vous plaît, monsieur Smith, demanda Pencroff en fronçant les sourcils, pourquoi notre hémisphère, comme vous dites, est-il si mal servi ? Ce n’est pas juste !

— Mon ami Pencroff, répondit l’ingénieur en riant, juste ou non, il faut bien accepter la situation. Voici d’où vient cette particularité. La Terre ne décrit pas un cercle autour du soleil, mais une ellipse, conformément aux lois de la mécanique rationnelle. La Terre occupe l’un des foyers de cette ellipse. À un moment de son parcours, elle est donc à son apogée, c’est-à-dire à sa plus grande distance du soleil, et à un autre moment à son périgée, c’est-à-dire au plus près. Or elle se trouve précisément au plus loin du soleil pendant l’hiver des régions australes. Celles-ci sont donc dans les conditions qui leur font subir les plus grands froids. Nous n’y pouvons rien. Et les hommes, Pencroff, aussi savants soient-ils, ne pourront jamais rien changer à l’ordre cosmographique établi par Dieu lui-même.

— Pourtant, ajouta Pencroff, qui peinait à se résigner, le monde est bien savant ! Quel gros livre on ferait, monsieur Cyrus, avec tout ce qu’on sait !

— Et quel livre plus gros encore avec tout ce qu’on ne sait pas ! répondit Cyrus Smith.

Pour une raison ou pour une autre, juin ramena enfin les froids avec leur violence habituelle. Les colons durent le plus souvent rester enfermés dans Granite-house.

Ah ! Cet enfermement leur pesait à tous, et peut-être surtout à Gédéon Spilett.

— Vois-tu, dit-il un jour à Nab, je te donnerais volontiers, par acte notarié, tous les héritages qui doivent me revenir si tu avais la bonté d’aller m’abonner, n’importe où, à n’importe quel journal ! Ce qui manque le plus à mon bonheur, décidément, c’est de savoir chaque matin ce qui s’est passé la veille ailleurs qu’ici !

Nab se mit à rire.

— Ma foi, répondit-il, moi, ce qui m’occupe, c’est le travail de tous les jours !

En vérité, le travail ne manquait ni au-dedans ni au-dehors.

La colonie de l’île Lincoln avait atteint son plus haut degré de prospérité, fruit de trois années d’efforts soutenus. La destruction du brick avait apporté de nouvelles richesses. Sans parler du gréement complet destiné au navire en construction, les magasins de Granite-house débordaient désormais d’ustensiles et d’outils de toutes sortes, d’armes, de munitions, de vêtements et d’instruments. Il n’avait même plus été nécessaire de fabriquer de grosses étoffes de feutre. Les colons avaient souffert du froid lors de leur premier hivernage ; maintenant, la mauvaise saison pouvait venir sans qu’ils aient à en redouter les rigueurs. Le linge était lui aussi abondant et entretenu avec le plus grand soin. Du chlorure de sodium, qui n’est autre que le sel marin, Cyrus Smith avait facilement extrait la soude et le chlore. Il fut facile de transformer la soude en carbonate de soude. Avec le chlore, il produisit des chlorures de chaux et d’autres chlorures. Ces substances servirent à divers usages domestiques, notamment au blanchiment du linge. On ne faisait d’ailleurs plus que quatre lessives par an, comme autrefois dans les familles. Qu’il soit permis d’ajouter que Pencroff et Gédéon Spilett, en attendant que le facteur apporte son journal à ce dernier, se révélèrent d’excellents blanchisseurs.

Ainsi passèrent les mois d’hiver, juin, juillet et août. Ils furent très rigoureux : la moyenne des relevés thermométriques ne dépassa pas huit degrés Fahrenheit, soit 13,33 degrés centigrades au-dessous de zéro. Elle était donc inférieure à celle de l’hivernage précédent. Quel bon feu brûlait sans cesse dans les cheminées de Granite-house ! Leur fumée traçait de longues zébrures noires sur la muraille de granit. On ne ménageait pas le combustible, qui poussait naturellement à quelques pas. Le surplus du bois prévu pour le navire permit aussi d’économiser la houille, plus pénible à transporter.

Hommes et animaux se portaient tous bien. Maître Jup était un peu frileux, il faut le reconnaître. C’était peut-être son seul défaut. On dut lui confectionner une bonne robe de chambre bien ouatée. Mais quel domestique : adroit, zélé, infatigable, ni indiscret ni bavard ! On aurait pu à juste titre le proposer en modèle à tous ses confrères bipèdes de l’ancien et du nouveau monde !

— Après tout, disait Pencroff, quand on a quatre mains à son service, la moindre des choses est de faire convenablement son travail !

Et, en effet, l’intelligent quadrumane le faisait bien !

Pendant les sept mois écoulés depuis les dernières recherches autour de la montagne, ainsi que pendant septembre, qui ramena les beaux jours, il ne fut plus du tout question du génie de l’île. Son action ne se manifesta jamais. Elle aurait d’ailleurs été inutile : aucun événement ne mit les colons à une pénible épreuve.

Cyrus Smith remarqua même ceci : si, par hasard, des communications s’étaient jamais établies à travers le massif de granit entre l’inconnu et les habitants de Granite-house, et si l’instinct de Top les avait pour ainsi dire pressenties, il n’en fut plus rien pendant cette période. Les grondements du chien avaient entièrement cessé, comme les inquiétudes de l’orang. Les deux amis — car ils l’étaient — ne rôdaient plus à l’ouverture du puits intérieur. Ils n’aboyaient ni ne gémissaient plus de cette façon singulière qui avait, dès le début, alerté l’ingénieur. Mais pouvait-il être certain que tout était dit sur l’énigme et qu’il n’en aurait jamais la clé ? Pouvait-il affirmer qu’aucune circonstance ne ramènerait le mystérieux personnage sur le devant de la scène ? Qui sait ce que réservait l’avenir ?

Enfin, l’hiver s’acheva. Mais un événement dont les conséquences pouvaient être graves survint précisément dans les premiers jours du printemps retrouvé.

Le 7 septembre, Cyrus Smith observa le sommet du mont Franklin. Il vit une fumée se tordre au-dessus du cratère, dont les premières vapeurs s’élevaient dans l’air.

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