JULES VERNE · Parte 3

Capítulo 53

Capítulo 53

Texto en francésLeer ↓Ver ↓
Ver el capítuloFR

El vídeo está en camino.

Puedes descubrir el texto mientras se prepara la próxima entrega.

LA SALA DE LECTURA

Deja que las palabras te lleven.

Este capítulo todavía no está traducido a este idioma. Puedes seguir a continuación la adaptación francesa utilizada para el audio.

Adaptación al francés contemporáneo utilizada para la edición narrada. La revisión editorial continúa.

Un mystère inexplicable. — La convalescence d’Harbert. — Les parties de l’île à explorer. — Préparatifs de départ. — Première journée. — La nuit. — Deuxième journée. — Les kauris. — Le couple de casoars. — Des empreintes de pas dans la forêt.

Gédéon Spilett prit la boîte et l’ouvrit. Elle contenait environ deux cents grains d’une poudre blanche. Il en porta quelques particules à ses lèvres. Son extrême amertume ne pouvait le tromper : c’était bien le précieux alcaloïde du quinquina, le remède par excellence contre les fièvres intermittentes.

Il fallait donner cette poudre à Harbert sans hésiter. On discuterait plus tard de sa présence.

— Du café, demanda Gédéon Spilett.

Quelques instants plus tard, Nab apporta une tasse de café tiède. Gédéon Spilett y versa environ dix-huit grains de quinine, et l’on parvint à faire boire ce mélange à Harbert.

Il était encore temps : le troisième accès de fièvre pernicieuse ne s’était pas manifesté !

Et, qu’il soit permis de l’ajouter, il ne devait pas revenir !

Il faut dire aussi que tous avaient repris espoir. L’influence mystérieuse venait encore d’agir, à l’instant décisif, alors qu’ils n’espéraient plus rien d’elle !…

Au bout de quelques heures, Harbert reposait plus paisiblement. Les colons purent alors parler de l’événement. L’intervention de l’inconnu était plus évidente que jamais. Mais comment avait-il pu pénétrer de nuit dans Granite-house ? C’était absolument inexplicable. À vrai dire, les procédés du « génie de l’île » étaient aussi étranges que le génie lui-même.

Toute la journée, on administra le sulfate de quinine à Harbert environ toutes les trois heures.

Dès le lendemain, son état s’améliora quelque peu. Il n’était certes pas guéri, et les fièvres intermittentes connaissent de fréquentes et dangereuses récidives. Mais les soins ne lui manquèrent pas. Le remède était là, et celui qui l’avait apporté ne devait sans doute pas être loin ! Un immense espoir revint enfin au cœur de tous.

Cet espoir ne fut pas déçu. Dix jours plus tard, le 20 décembre, Harbert entrait en convalescence. Il restait faible et devait suivre une diète sévère, mais aucun accès n’était revenu. Et quel enfant docile, qui se soumettait si volontiers à toutes les prescriptions ! Il avait tant envie de guérir !

Pencroff ressemblait à un homme qu’on aurait tiré du fond d’un abîme. Il était pris d’élans de joie proches du délire. Une fois passé le moment où le troisième accès devait survenir, il avait serré le reporter dans ses bras au point de l’étouffer. Depuis, il ne l’appelait plus que le docteur Spilett.

Restait à découvrir le véritable docteur.

— On le découvrira ! répétait le marin.

Et certes, cet homme, quel qu’il fût, devait s’attendre à une vigoureuse embrassade du digne Pencroff !

Décembre s’acheva, et avec lui l’année 1867, qui avait si durement éprouvé les colons de l’île Lincoln. L’année 1868 commença sous un temps magnifique, avec une superbe chaleur, une température tropicale heureusement rafraîchie par la brise de mer. Harbert renaissait. Depuis son lit placé près d’une fenêtre de Granite-house, il respirait l’air salubre, chargé d’émanations salines, qui lui rendait la santé. Il recommençait à manger. Dieu sait quels bons petits plats, légers et savoureux, Nab lui préparait !

— C’était à donner envie d’avoir été mourant ! disait Pencroff.

Durant toute cette période, les forçats ne s’étaient pas montrés une seule fois aux environs de Granite-house. Aucune nouvelle d’Ayrton. L’ingénieur et Harbert gardaient encore un peu d’espoir de le retrouver ; leurs compagnons, eux, ne doutaient plus de sa mort. Mais l’incertitude ne pouvait durer. Dès que le jeune garçon serait rétabli, on entreprendrait cette expédition dont le résultat devait être si important. Il faudrait peut-être attendre un mois : toutes les forces de la colonie ne seraient pas de trop pour venir à bout des forçats.

Harbert allait d’ailleurs de mieux en mieux. La congestion du foie avait disparu et l’on pouvait considérer ses blessures comme définitivement cicatrisées.

Pendant janvier, d’importants travaux furent menés sur le plateau de Grande-Vue. Ils se limitèrent à sauver ce qui pouvait l’être des récoltes dévastées, blé ou légumes. On recueillit les graines et les plants pour assurer une nouvelle récolte à la prochaine demi-saison. Cyrus Smith préféra attendre avant de relever les bâtiments de la basse-cour, le moulin et les écuries. Pendant que ses compagnons et lui poursuivraient les forçats, ceux-ci pouvaient revenir sur le plateau. Inutile de leur donner l’occasion de reprendre leur métier de pillards et d’incendiaires. Une fois l’île débarrassée de ces malfaiteurs, on songerait à reconstruire.

Dans la seconde quinzaine de janvier, le jeune convalescent avait commencé à se lever : d’abord une heure par jour, puis deux, puis trois. Sa constitution était si vigoureuse que ses forces revenaient à vue d’œil. Il avait alors dix-huit ans. Il était grand et promettait de devenir un homme à la noble et belle prestance. Dès lors, sa convalescence progressa régulièrement, même si elle demandait encore des soins, sur lesquels le docteur Spilett se montrait très strict.

Vers la fin du mois, Harbert parcourait déjà le plateau de Grande-Vue et les grèves. Quelques bains de mer, pris avec Pencroff et Nab, lui firent le plus grand bien. Cyrus Smith estima pouvoir fixer le départ au 15 février prochain. Les nuits, très claires à cette époque de l’année, favoriseraient les recherches prévues dans toute l’île.

Les préparatifs de l’exploration commencèrent. Ils devaient être importants, car les colons avaient juré de ne pas rentrer à Granite-house avant d’avoir atteint leur double objectif : d’une part, détruire les forçats et retrouver Ayrton, s’il vivait encore ; de l’autre, découvrir celui qui veillait si efficacement aux destinées de la colonie.

Ils connaissaient parfaitement toute la côte est de l’île Lincoln, du cap Griffe aux caps Mandibules, les vastes marais des Tadornes, les environs du lac Grant, les bois de Jacamar entre la route du corral et la Mercy, les cours de la Mercy et du creek Rouge, ainsi que les contreforts du mont Franklin au milieu desquels le corral avait été établi.

Ils avaient aussi exploré, mais imparfaitement, le vaste littoral de la baie Washington, du cap Griffe au promontoire du Reptile, la lisière boisée et marécageuse de la côte ouest, et les interminables dunes qui aboutissaient à la gueule entrouverte du golfe du Requin.

En revanche, ils n’avaient pas du tout reconnu les grandes zones boisées de la presqu’île Serpentine, toute la droite de la Mercy, la rive gauche de la rivière de la Chute, ni l’enchevêtrement des contreforts et des vallons qui soutenaient les trois quarts de la base du mont Franklin, à l’ouest, au nord et à l’est. Tant de profondes retraites devaient sans doute s’y trouver. Plusieurs milliers d’acres de l’île échappaient donc encore à leurs recherches.

Ils décidèrent de traverser le Far-West afin d’explorer toute la partie située à droite de la Mercy.

Peut-être aurait-il mieux valu gagner d’abord le corral, où l’on devait redouter que les forçats se soient de nouveau réfugiés, pour le piller ou s’y installer. Mais de deux choses l’une : soit le corral était déjà dévasté, et il était trop tard pour l’empêcher ; soit les forçats avaient trouvé avantage à s’y retrancher, et il serait toujours temps d’aller les y déloger.

Après discussion, ils maintinrent donc le premier plan : atteindre le promontoire du Reptile à travers bois. Ils ouvriraient leur chemin à la hache, traçant ainsi une première route entre Granite-house et l’extrémité de la presqu’île, sur seize à dix-sept milles.

Le chariot était en parfait état. Bien reposés, les onaggas pourraient parcourir une longue étape. On chargea les vivres, le matériel de campement, la cuisine portative, divers ustensiles, ainsi que les armes et les munitions choisies avec soin dans l’arsenal désormais si complet de Granite-house. Mais les forçats erraient peut-être dans les bois, et dans cette forêt épaisse, un coup de fusil était vite tiré et reçu. La petite troupe devait donc rester groupée et ne se séparer sous aucun prétexte.

Personne ne resterait à Granite-house : Top et Jup eux-mêmes feraient partie de l’expédition. L’inaccessible demeure pouvait se garder seule.

Le 14 février, veille du départ, était un dimanche. Les colons consacrèrent toute la journée au repos et la sanctifièrent par leurs prières de reconnaissance au Créateur. Harbert était entièrement guéri, mais encore un peu faible : une place lui serait réservée sur le chariot.

Le lendemain, au lever du jour, Cyrus Smith prit les mesures nécessaires pour protéger Granite-house de toute intrusion. Les anciennes échelles furent apportées aux Cheminées et profondément enterrées dans le sable pour servir au retour. Le tambour de l’ascenseur fut en effet démonté : il ne resta rien de l’appareil. Pencroff demeura le dernier à Granite-house pour terminer ce travail. Il redescendit ensuite par une corde doublée, maintenue en bas. Une fois celle-ci ramenée au sol, aucun lien ne subsistait entre le palier supérieur et la grève.

Le temps était magnifique.

— Une chaude journée se prépare ! dit joyeusement le reporter.

— Bah ! Docteur Spilett, répondit Pencroff, nous marcherons à l’abri des arbres. Nous ne verrons même pas le soleil !

— En route ! dit l’ingénieur.

Le chariot attendait sur le rivage, devant les Cheminées. Le reporter avait exigé qu’Harbert y monte au moins pour les premières heures du voyage. Le jeune garçon dut obéir à son médecin.

Nab se plaça à la tête des onaggas. Cyrus Smith, le reporter et le marin ouvrirent la marche. Top gambadait joyeusement. Harbert avait proposé une place à Jup dans le chariot, et Jup avait accepté sans cérémonie. L’heure du départ avait sonné : la petite troupe se mit en route.

Le chariot contourna d’abord l’angle de l’embouchure, puis remonta sur un mille la rive gauche de la Mercy. Il traversa le pont au bout duquel commençait la route de Port-Ballon. Les explorateurs laissèrent cette route à leur gauche et s’enfoncèrent dans les immenses bois du Far-West.

Sur les deux premiers milles, les arbres largement espacés laissèrent passer librement le chariot. De temps à autre, il fallut couper des lianes ou d’épais massifs de broussailles, mais aucun obstacle sérieux n’arrêta la marche des colons.

Les feuillages épais maintenaient une ombre fraîche au sol. Déodars, douglas, casuarinas, banksias, gommiers, dragonniers et autres essences déjà reconnues se succédaient à perte de vue. Tous les oiseaux habituels de l’île étaient là : tétras, jacamars, faisans, loris, et la famille bavarde des kakatoès, perruches et perroquets. Agoutis, kangourous et cabiais filaient entre les herbes. Tout cela rappelait aux colons leurs premières excursions après l’arrivée sur l’île.

— Je remarque pourtant, observa Cyrus Smith, que ces animaux, quadrupèdes et oiseaux, sont plus craintifs qu’autrefois. Les forçats ont donc parcouru récemment ces bois. Nous devons certainement retrouver leurs traces.

En effet, on reconnut en plusieurs endroits le passage plus ou moins récent d’un groupe d’hommes. Ici, des branches avaient été brisées, peut-être pour marquer le chemin. Là, il restait les cendres d’un foyer éteint et des empreintes conservées dans des portions de sol argileux. Mais rien ne semblait appartenir à un campement permanent.

L’ingénieur avait recommandé de ne pas chasser. Les coups de feu auraient pu alerter les forçats qui rôdaient peut-être dans la forêt. La chasse aurait aussi entraîné les tireurs à quelque distance du chariot, alors qu’il était strictement interdit de marcher seul.

Dans la seconde moitié de la journée, à environ six milles de Granite-house, le passage devint assez difficile. Pour traverser certains fourrés, il fallut abattre des arbres et ouvrir un chemin. Avant de s’y engager, Cyrus Smith envoyait Top et Jup dans les taillis épais. Ils remplissaient consciencieusement leur mission. Quand le chien et l’orang revenaient sans avoir rien signalé, c’est qu’il n’y avait rien à craindre des forçats ni des fauves : deux sortes d’individus du règne animal que leurs instincts féroces plaçaient au même niveau.

Le soir de cette première journée, les colons campèrent à environ neuf milles de Granite-house, au bord d’un petit affluent de la Mercy dont ils ignoraient l’existence. Il devait faire partie du réseau de cours d’eau qui donnait à cette terre son étonnante fertilité.

Ils soupèrent copieusement, tant leur appétit était aiguisé, puis prirent les dispositions nécessaires pour passer la nuit sans encombre. Si l’ingénieur n’avait eu à craindre que des animaux féroces, jaguars ou autres, il aurait simplement allumé des feux autour du camp : cela aurait suffi à les protéger. Mais les flammes auraient attiré les forçats plutôt que de les arrêter. Mieux valait donc s’entourer d’une profonde obscurité.

La surveillance fut organisée avec rigueur. Deux colons veilleraient ensemble, relevés toutes les deux heures par leurs compagnons. Malgré ses protestations, Harbert fut dispensé de garde. Pencroff et Gédéon Spilett d’un côté, l’ingénieur et Nab de l’autre, surveillèrent donc à tour de rôle les abords du camp.

Il y eut d’ailleurs à peine quelques heures de nuit. L’obscurité venait davantage de l’épaisseur des feuillages que de la disparition du soleil. Le silence fut à peine troublé par les hurlements rauques des jaguars et les ricanements des singes, qui semblaient particulièrement agacer maître Jup.

La nuit se passa sans incident. Le lendemain, 16 février, les colons reprirent leur marche dans la forêt, plus lente que pénible.

Ils ne parcoururent ce jour-là que six milles, car ils devaient sans cesse ouvrir la voie à la hache. En véritables colons défricheurs, ils épargnaient les grands et beaux arbres, dont l’abattage leur aurait d’ailleurs coûté une fatigue énorme, pour sacrifier les plus petits. Le chemin était donc loin d’être rectiligne et s’allongeait de nombreux détours.

Harbert découvrit ce jour-là des essences qu’on n’avait pas encore signalées sur l’île. Il y avait des fougères arborescentes aux palmes retombantes, semblables à l’eau qui déborde d’une vasque. Il y avait aussi des caroubiers : les onaggas broutèrent avidement leurs longues gousses, qui fournirent des pulpes sucrées d’un goût excellent. Les colons retrouvèrent également de magnifiques kauris groupés çà et là. Leurs troncs cylindriques, couronnés d’un cône de verdure, atteignaient deux cents pieds. C’étaient bien les arbres-rois de la Nouvelle-Zélande, aussi célèbres que les cèdres du Liban.

La faune ne leur offrit pas d’autres espèces que celles déjà connues des chasseurs. Ils entrevirent pourtant, sans pouvoir les approcher, un couple de grands oiseaux particuliers à l’Australie. Ces sortes de casoars, appelés émeus, hauts de cinq pieds et au plumage brun, appartiennent à l’ordre des échassiers. Top s’élança derrière eux de toute la vitesse de ses quatre pattes. Mais leur rapidité était si prodigieuse que les casoars le distancèrent aisément.

Ils relevèrent encore quelques traces des forçats dans la forêt. Près d’un feu qui semblait récemment éteint, des empreintes retinrent toute leur attention. En les mesurant une à une, dans leur longueur et leur largeur, ils distinguèrent facilement les pas de cinq hommes. Les cinq forçats avaient évidemment campé là. Mais — c’était le but de cet examen minutieux — aucune sixième empreinte n’apparut, qui aurait alors été celle d’Ayrton.

— Ayrton n’était pas avec eux ! dit Harbert.

— Non, répondit Pencroff. Et s’il n’était pas avec eux, c’est que ces misérables l’avaient déjà tué ! Mais ces gueux n’ont-ils donc pas une tanière où l’on puisse les traquer comme des tigres ?

— Non, répondit le reporter. Il est plus probable qu’ils vont au hasard. Ils ont intérêt à errer ainsi jusqu’au moment où ils seront maîtres de l’île.

— Les maîtres de l’île ! s’écria le marin. Les maîtres de l’île !… répéta-t-il, la voix étranglée comme si un poignet de fer l’avait saisi à la gorge. Puis, plus calmement :

— Savez-vous, monsieur Cyrus, quelle balle j’ai mise dans mon fusil ?

— Non, Pencroff !

— Celle qui a traversé la poitrine d’Harbert. Et je vous promets qu’elle ne manquera pas son but !

Mais ces justes représailles ne pouvaient rendre la vie à Ayrton. De l’examen des empreintes, ils durent, hélas, conclure qu’il ne restait aucun espoir de le revoir !

Ce soir-là, ils établirent leur campement à quatorze milles de Granite-house. Cyrus Smith estima qu’ils ne devaient pas être à plus de cinq milles du promontoire du Reptile.

En effet, le lendemain, ils atteignirent l’extrémité de la presqu’île après avoir traversé la forêt sur toute sa longueur. Mais aucun indice ne leur avait permis de découvrir ni la retraite des forçats, ni celle, tout aussi secrète, qui abritait le mystérieux inconnu.

← Volver al libro