儒勒·凡尔纳 · 部 3

第 50 章

第 50 章

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Les forçats autour du corral. — Une installation provisoire. — La poursuite des soins à Harbert. — Les premiers élans de joie de Pencroff. — Retour sur le passé. — Ce que réserve l’avenir. — Les réflexions de Cyrus Smith à ce sujet.

Ainsi, les forçats étaient toujours là. Ils surveillaient le corral et étaient décidés à tuer les colons l’un après l’autre ! Il ne restait qu’à les traiter comme des bêtes féroces. Mais il fallait prendre de grandes précautions : ces misérables avaient pour le moment l’avantage. Ils voyaient sans être vus, pouvaient surprendre par une attaque soudaine sans pouvoir être surpris eux-mêmes.

Cyrus Smith s’organisa donc pour vivre au corral, dont les réserves pouvaient d’ailleurs suffire assez longtemps. La maison d’Ayrton avait été pourvue de tout le nécessaire. Effrayés par l’arrivée des colons, les forçats n’avaient pas eu le temps de la piller. Comme le fit observer Gédéon Spilett, les choses s’étaient probablement déroulées ainsi : après avoir débarqué, les six forçats avaient suivi le littoral sud de l’île. Ils avaient parcouru les deux rivages de la presqu’île Serpentine puis, sans envie de s’aventurer dans les bois du Far-West, avaient atteint l’embouchure de la rivière de la Chute. De là, ils avaient remonté la rive droite jusqu’aux contreforts du mont Franklin. Il était naturel qu’ils cherchent un refuge entre ces reliefs ; ils n’avaient donc pas dû tarder à découvrir le corral, alors inhabité. Ils s’y étaient vraisemblablement installés en attendant de mettre leurs abominables projets à exécution. L’arrivée d’Ayrton les avait surpris, mais ils étaient parvenus à s’emparer du malheureux, et… on devinait aisément la suite !

Désormais, les forçats rôdaient dans les bois. Ils n’étaient plus que cinq, il est vrai, mais ils étaient bien armés. S’y aventurer, c’était s’exposer à leurs coups, sans pouvoir les parer ni les prévenir.

— Attendre ! Il n’y a rien d’autre à faire ! répétait Cyrus Smith. Quand Harbert sera guéri, nous pourrons organiser une battue dans toute l’île et venir à bout de ces forçats. Ce sera le but de notre grande expédition, en même temps…

— Que la recherche de notre mystérieux protecteur, ajouta Gédéon Spilett en achevant la phrase de l’ingénieur. Ah ! Il faut l’avouer, mon cher Cyrus, cette fois, sa protection nous a manqué, au moment même où nous en avions le plus besoin !

— Qui sait ! répondit l’ingénieur.

— Que voulez-vous dire ? demanda le reporter.

— Que nous ne sommes pas au bout de nos peines, mon cher Spilett. Cette puissante intervention aura peut-être encore l’occasion de se manifester. Mais ce n’est pas la question pour le moment. La vie d’Harbert avant tout.

C’était la préoccupation la plus douloureuse des colons. Quelques jours passèrent, et l’état du pauvre garçon n’avait heureusement pas empiré. Ce temps gagné sur la maladie était déjà beaucoup. L’eau froide, constamment maintenue à la bonne température, avait entièrement empêché l’inflammation des plaies. Il sembla même au reporter que cette eau un peu sulfureuse — ce qu’expliquait la proximité du volcan — agissait plus directement sur la cicatrisation. La suppuration était beaucoup moins abondante. Grâce aux soins incessants qui l’entouraient, Harbert revenait à la vie, et sa fièvre tendait à baisser. Il restait soumis à une diète sévère ; sa faiblesse était donc extrême, et devait l’être. Mais les tisanes ne lui manquaient pas, et le repos absolu lui faisait le plus grand bien.

Cyrus Smith, Gédéon Spilett et Pencroff étaient devenus très habiles à panser le jeune blessé. Ils y avaient sacrifié tout le linge de la maison. Les plaies d’Harbert, couvertes de compresses et de charpie, n’étaient bandées ni trop serré ni trop lâche, afin de favoriser leur cicatrisation sans provoquer de réaction inflammatoire. Le reporter apportait un soin extrême à ces pansements, dont il connaissait toute l’importance. Il répétait à ses compagnons ce que la plupart des médecins reconnaissent volontiers : un pansement bien fait est peut-être plus rare qu’une opération bien faite.

Au bout de dix jours, le 22 novembre, Harbert allait sensiblement mieux. Il avait commencé à prendre un peu de nourriture. Ses joues reprenaient des couleurs et ses bons yeux souriaient à ceux qui le soignaient. Il parlait un peu, malgré les efforts de Pencroff, qui, lui, parlait sans arrêt pour l’en empêcher et racontait les histoires les plus invraisemblables. Harbert l’avait interrogé sur Ayrton. Il s’étonnait de ne pas le voir auprès de lui, pensant qu’il devait être au corral. Mais pour ne pas l’affliger, le marin s’était contenté de répondre qu’Ayrton avait rejoint Nab pour défendre Granite-house.

— Hein ! disait-il, ces pirates ! Voilà des gentlemen qui n’ont plus droit au moindre égard ! Et monsieur Smith qui voulait les prendre par les sentiments ! Je leur en enverrai, moi, du sentiment, mais en bon plomb de calibre !

— Et on ne les a pas revus ? demanda Harbert.

— Non, mon enfant, répondit le marin, mais nous les retrouverons. Quand vous serez guéri, nous verrons si ces lâches, qui frappent par-derrière, oseront nous attaquer face à face !

— Je suis encore bien faible, mon pauvre Pencroff !

— Eh ! Les forces reviendront peu à peu ! Qu’est-ce qu’une balle à travers la poitrine ? Une simple plaisanterie ! J’en ai vu bien d’autres, et je ne m’en porte pas plus mal !

Les choses semblaient donc aller pour le mieux. Tant qu’aucune complication ne survenait, on pouvait considérer la guérison d’Harbert comme assurée. Mais dans quelle situation les colons se seraient-ils trouvés si son état s’était aggravé ? Si, par exemple, la balle était restée dans son corps, ou s’il avait fallu lui amputer un bras ou une jambe !

— Non, dit plus d’une fois Gédéon Spilett, je n’ai jamais pensé à une telle éventualité sans frémir !

— Et pourtant, s’il avait fallu agir, lui répondit un jour Cyrus Smith, vous n’auriez pas hésité ?

— Non, Cyrus ! dit Gédéon Spilett. Mais que Dieu soit béni de nous avoir épargné cette complication !

Comme dans tant d’autres circonstances, les colons avaient fait appel à la logique du simple bon sens, qui leur avait si souvent été utile. Une fois encore, grâce à leurs connaissances générales, ils avaient réussi ! Mais le moment ne viendrait-il pas où tout leur savoir serait pris en défaut ? Ils étaient seuls sur cette île. Or, c’est en société que les hommes se complètent ; ils ont besoin les uns des autres. Cyrus Smith le savait bien. Parfois, il se demandait s’il ne surviendrait pas une difficulté qu’ils seraient incapables de surmonter !

Il lui semblait d’ailleurs que ses compagnons et lui, jusque-là si heureux, étaient entrés dans une période néfaste. Depuis leur évasion de Richmond, plus de deux ans et demi auparavant, on peut dire que tout avait tourné selon leurs désirs. L’île leur avait fourni en abondance minéraux, végétaux et animaux. La nature les avait constamment comblés, et leur savoir avait su tirer parti de ses dons. Le bien-être matériel de la colonie était pour ainsi dire complet. De plus, une influence inexplicable leur était venue en aide dans certaines circonstances !… Mais tout cela ne pouvait durer qu’un temps !

Bref, Cyrus Smith croyait remarquer que la chance semblait tourner contre eux.

En effet, le navire des forçats était apparu dans les eaux de l’île. Ces pirates avaient été détruits de façon pour ainsi dire miraculeuse, mais six d’entre eux, du moins, avaient échappé à la catastrophe. Ils avaient débarqué, et les cinq survivants étaient presque insaisissables. Ayrton avait sans aucun doute été massacré par ces misérables. Ils possédaient des armes à feu et, dès la première fois qu’ils s’en étaient servis, Harbert était tombé, presque mortellement blessé. Étaient-ce donc là les premiers coups du sort contre les colons ? Voilà ce que se demandait Cyrus Smith ! Voilà ce qu’il répétait souvent au reporter. À tous deux, il semblait aussi que cette intervention si étrange, mais si efficace, qui les avait tant aidés jusque-là, leur faisait désormais défaut. L’être mystérieux dont ils ne pouvaient nier l’existence, quel qu’il soit, avait-il donc quitté l’île ? Avait-il succombé à son tour ?

Il était impossible de répondre à ces questions. Mais qu’on n’imagine pas que Cyrus Smith et son compagnon se laissaient aller au désespoir parce qu’ils parlaient de tout cela ! Loin de là. Ils regardaient la situation en face, en analysaient les chances, se préparaient à toute éventualité. Ils se tenaient fermes et droits devant l’avenir. Si l’adversité devait enfin les frapper, elle trouverait en eux des hommes prêts à la combattre.

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