JULES VERNE · Partie 2

Chapitre 41

Chapitre 41

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LE SALON DE LECTURE

Laissez les mots vous emporter.

Adaptation française utilisée pour le récit audio. Édition en cours de relecture.

Souvenirs de la patrie. — Les chances à venir. — Projet d’exploration des côtes de l’île. — Départ du 16 avril. — La presqu’île Serpentine vue de la mer. — Les basaltes de la côte occidentale. — Mauvais temps. — La nuit approche. — Nouvel incident.

Deux ans déjà ! Depuis deux ans, les colons n’avaient eu aucun contact avec leurs semblables ! Ils étaient sans nouvelles du monde civilisé, perdus sur cette île comme sur quelque minuscule astéroïde du système solaire !

Que se passait-il dans leur pays ? L’image de la patrie ne les quittait pas. Ils l’avaient laissée déchirée par la guerre civile, et la rébellion du Sud l’ensanglantait peut-être encore ! Cette pensée leur causait une grande douleur. Ils en parlaient souvent, sans jamais douter pourtant que la cause du Nord triompherait pour l’honneur de la Confédération américaine.

Durant ces deux années, aucun navire n’était passé en vue de l’île, ou du moins aucune voile n’avait été aperçue. De toute évidence, l’île Lincoln se trouvait à l’écart des routes maritimes. Elle était même inconnue, comme le prouvaient les cartes. Car, à défaut d’un port, son point d’approvisionnement en eau aurait dû attirer les bâtiments souhaitant refaire leurs réserves. Mais la mer restait déserte autour d’elle, aussi loin que portait le regard. Les colons ne pouvaient guère compter que sur eux-mêmes pour regagner leur pays.

Il leur restait pourtant une chance de salut. Un jour de la première semaine d’avril, ils en discutèrent, réunis dans la salle de Granite-house.

Ils venaient justement de parler de l’Amérique, de ce pays natal qu’ils avaient si peu d’espoir de revoir.

— Décidément, dit Gédéon Spilett, nous n’aurons qu’un seul moyen de quitter l’île Lincoln : construire un bâtiment assez grand pour tenir la mer sur quelques centaines de milles. Il me semble que lorsqu’on a fait une chaloupe, on peut bien faire un navire !

— Et qu’après être allé sur l’île Tabor, on peut bien aller aux Pomotou ! ajouta Harbert.

— Je ne dis pas non, répondit Pencroff, dont l’avis pesait toujours le plus dans les questions maritimes. Je ne dis pas non, même si aller près et aller loin ne sont pas tout à fait la même chose ! Si un mauvais coup de vent avait menacé notre chaloupe pendant le voyage à l’île Tabor, nous savions qu’un port n’était loin ni d’un côté ni de l’autre. Mais douze cents milles, c’est un joli bout de chemin, et la terre la plus proche se trouve au moins à cette distance !

— Le cas échéant, Pencroff, vous ne tenteriez pas l’aventure ? demanda le reporter.

— Je tenterai tout ce qu’on voudra, monsieur Spilett, répondit le marin. Vous savez bien que je ne suis pas homme à reculer !

— Remarque aussi que nous avons un marin de plus parmi nous, fit observer Nab.

— Qui donc ? demanda Pencroff.

— Ayrton.

— C’est juste, répondit Harbert.

— S’il acceptait de venir ! fit observer Pencroff.

— Allons ! dit le reporter. Vous croyez que si le yacht de Lord Glenarvan s’était présenté à l’île Tabor pendant qu’Ayrton y vivait encore, il aurait refusé de partir ?

— Vous oubliez, mes amis, dit Cyrus Smith, qu’Ayrton avait perdu la raison pendant les dernières années de son séjour. Mais ce n’est pas la question. Il faut savoir si le retour du navire écossais fait partie de nos chances de salut. Lord Glenarvan a promis à Ayrton de venir le reprendre à l’île Tabor lorsqu’il jugerait ses crimes suffisamment expiés. Et je crois qu’il reviendra.

— Oui, dit le reporter. J’ajouterai qu’il reviendra bientôt, car Ayrton a été abandonné il y a déjà douze ans !

— Eh ! répondit Pencroff, je suis bien d’accord : le lord reviendra, et même bientôt. Mais où fera-t-il escale ? À l’île Tabor, pas à l’île Lincoln.

— C’est d’autant plus certain, répondit Harbert, que l’île Lincoln ne figure même pas sur la carte.

— Aussi, mes amis, reprit l’ingénieur, devons-nous prendre les dispositions nécessaires pour signaler à l’île Tabor notre présence et celle d’Ayrton sur l’île Lincoln.

— Évidemment, répondit le reporter. Rien de plus facile : il suffit de déposer, dans la cabane où ont vécu le capitaine Grant et Ayrton, un avis indiquant la position de notre île. Lord Glenarvan ou son équipage le trouveront forcément.

— Il est même dommage, fit observer le marin, que nous ayons oublié de le faire lors de notre premier voyage à l’île Tabor.

— Pourquoi l’aurions-nous fait ? répondit Harbert. À ce moment-là, nous ne connaissions pas l’histoire d’Ayrton. Nous ignorions qu’on devait venir le chercher un jour. Quand nous avons connu son histoire, la saison était trop avancée pour retourner à l’île Tabor.

— Oui, répondit Cyrus Smith. Il était trop tard, et il faut reporter cette traversée au printemps prochain.

— Mais si le yacht écossais venait d’ici là ? dit Pencroff.

— C’est peu probable, répondit l’ingénieur. Lord Glenarvan ne choisirait pas l’hiver pour s’aventurer dans ces mers lointaines. Soit il est déjà revenu à l’île Tabor depuis qu’Ayrton est avec nous, c’est-à-dire depuis cinq mois, et il en est reparti ; soit il ne viendra que plus tard. Dès les premiers beaux jours d’octobre, il sera encore temps d’aller déposer un avis à l’île Tabor.

— Il faut reconnaître que ce serait bien malheureux si le Duncan était repassé dans ces mers depuis quelques mois seulement ! dit Nab.

— J’espère qu’il n’en est rien, répondit Cyrus Smith, et que le Ciel ne nous aura pas retiré notre meilleure chance !

— Dans tous les cas, je crois que nous serons fixés à notre retour sur l’île Tabor, fit observer le reporter. Si les Écossais y sont revenus, ils auront nécessairement laissé des traces de leur passage.

— C’est évident, répondit l’ingénieur. Puisque nous avons cette chance de rentrer au pays, mes amis, attendons patiemment. Si elle nous est retirée, nous verrons alors ce qu’il faudra faire.

— En tout cas, dit Pencroff, il est bien entendu que si nous quittons l’île Lincoln d’une manière ou d’une autre, ce ne sera pas parce que nous nous y trouvons mal !

— Non, Pencroff, répondit l’ingénieur. Ce sera parce que nous y sommes loin de tout ce qu’un homme doit chérir le plus au monde : sa famille, ses amis, son pays natal !

La décision prise, il ne fut plus question de construire un navire assez grand pour gagner les archipels du nord ou la Nouvelle-Zélande, à l’ouest. Ils se consacrèrent aux travaux habituels, en prévision d’un troisième hiver à Granite-house.

Ils décidèrent toutefois d’utiliser la chaloupe, avant le mauvais temps, pour faire le tour de l’île. L’exploration des côtes était encore incomplète. Ils ne connaissaient qu’imparfaitement le littoral ouest et nord, de l’embouchure de la rivière de la Chute aux caps Mandibule, ainsi que l’étroite baie creusée entre eux comme une mâchoire de requin.

Pencroff avait proposé cette excursion. Cyrus Smith l’approuva sans réserve : il voulait voir lui-même toute cette partie de son domaine.

Le temps était variable, mais le baromètre n’oscillait pas brusquement. Ils pouvaient donc compter sur un temps praticable pour naviguer. Pendant la première semaine d’avril, justement, une forte baisse du baromètre avait été suivie d’une remontée accompagnée d’un violent coup de vent d’ouest, qui dura cinq à six jours. Puis l’aiguille se stabilisa à vingt-neuf pouces et neuf dixièmes, soit 759,45 millimètres. Les conditions semblèrent alors favorables à l’exploration.

Le départ fut fixé au 16 avril. Mouillé au port Ballon, le Bonadventure reçut des provisions pour un voyage qui pourrait durer quelque temps.

Cyrus Smith prévint Ayrton de l’expédition et lui proposa de les accompagner. Mais Ayrton préféra rester à terre. Il viendrait donc à Granite-house pendant l’absence de ses compagnons. Maître Jup devait lui tenir compagnie et n’éleva aucune protestation.

Le 16 avril au matin, tous les colons embarquèrent avec Top. Une belle brise soufflait du sud-ouest. En quittant le port Ballon, le Bonadventure dut donc louvoyer pour gagner le promontoire du Reptile. Sur les quatre-vingt-dix milles du périmètre de l’île, la côte sud en représentait une vingtaine entre le port et le promontoire. Il fallait parcourir ces vingt milles au plus près du vent, qui leur était directement contraire.

Il leur fallut toute la journée pour atteindre le promontoire. À la sortie du port, il ne restait que deux heures de marée descendante, suivies de six heures de marée montante dont le courant fut très difficile à contrer. La nuit était donc venue quand ils doublèrent le promontoire.

Pencroff proposa de continuer à petite vitesse, avec deux ris dans sa voile. Mais Cyrus Smith préféra mouiller à quelques encâblures de terre pour revoir cette partie de la côte pendant le jour. Puisqu’il s’agissait d’examiner minutieusement le littoral, ils convinrent de ne pas naviguer de nuit. Chaque soir, ils jetteraient l’ancre près de terre, tant que le temps le permettrait.

Ils passèrent donc la nuit au mouillage sous le promontoire. Le vent était tombé avec la brume, et plus rien ne troubla le silence. À l’exception du marin, les passagers dormirent peut-être un peu moins bien à bord du Bonadventure que dans leurs chambres de Granite-house. Mais ils dormirent tout de même.

Le lendemain, 17 avril, Pencroff appareilla dès l’aube. Au grand largue et bâbord amures, il put longer de très près la côte occidentale.

Les colons connaissaient cette magnifique côte boisée, qu’ils avaient déjà parcourue à pied. Elle n’en éveilla pas moins toute leur admiration. Ils longeaient la terre d’aussi près que possible, à vitesse réduite pour tout observer, en prenant seulement garde aux troncs qui flottaient çà et là. Plusieurs fois, ils jetèrent même l’ancre, et Gédéon Spilett photographia ce superbe littoral.

Vers midi, le Bonadventure atteignit l’embouchure de la rivière de la Chute. Au-delà, sur la rive droite, les arbres reparaissaient, mais plus espacés. Trois milles plus loin, ils ne formaient que des groupes isolés entre les contreforts occidentaux du mont, dont l’échine aride se prolongeait jusqu’au littoral.

Quel contraste entre le sud et le nord de cette côte ! Autant l’un était boisé et verdoyant, autant l’autre était âpre et sauvage ! On aurait dit une de ces « côtes de fer », comme on les nomme dans certains pays. Sa structure tourmentée semblait indiquer qu’une cristallisation s’était produite brusquement dans le basalte encore bouillant des époques géologiques. Quel terrible entassement ! Si le hasard avait jeté les colons de ce côté de l’île, ils en auraient d’abord été épouvantés. Du sommet du mont Franklin, ils n’avaient pas pu saisir l’aspect profondément sinistre de ce rivage : ils le dominaient de trop haut. Mais vu de la mer, ce littoral offrait une étrangeté dont l’équivalent ne se trouvait peut-être nulle part au monde.

Le Bonadventure le longea à un demi-mille de distance. Ils purent facilement distinguer des blocs de toutes tailles, hauts de vingt à trois cents pieds, et de toutes formes : cylindriques comme des tours, prismatiques comme des clochers, pyramidaux comme des obélisques, coniques comme des cheminées d’usine. Une banquise des mers glaciales n’aurait pas dressé des formes plus capricieuses dans sa sublime horreur ! Ici, des ponts reliaient les rocs ; là, des arceaux s’alignaient comme ceux d’une nef dont le regard ne pouvait sonder la profondeur. Plus loin, de vastes excavations présentaient des voûtes monumentales. Ailleurs se pressait une foule de pointes, de petites pyramides, de flèches, plus nombreuses que dans aucune cathédrale gothique. Tous les caprices de la nature, plus variés encore que ceux de l’imagination, dessinaient ce littoral grandiose sur huit à neuf milles.

Cyrus Smith et ses compagnons regardaient, surpris jusqu’à la stupéfaction. Mais s’ils restaient muets, Top ne se privait pas d’aboyer. Les mille échos de la muraille basaltique lui répondaient. L’ingénieur remarqua même que ces aboiements avaient quelque chose d’étrange, comme ceux que le chien poussait à l’ouverture du puits de Granite-house.

— Accostons, dit-il.

Le Bonadventure vint frôler les rochers du littoral d’aussi près que possible. Peut-être existait-il là une grotte à explorer ? Mais Cyrus Smith ne vit rien : pas une caverne, pas un creux capable d’abriter quelque être que ce soit. Le pied des roches baignait dans le ressac même. Bientôt, Top cessa d’aboyer, et l’embarcation reprit ses distances, à quelques encâblures du littoral.

Au nord-ouest de l’île, le rivage redevint plat et sablonneux. Quelques rares arbres se dessinaient au-dessus d’une terre basse et marécageuse que les colons avaient déjà entrevue. Par un contraste frappant avec l’autre côte si déserte, la vie se manifestait ici par des myriades d’oiseaux aquatiques.

Le soir, le Bonadventure mouilla dans un léger renfoncement du littoral, au nord de l’île. Les eaux étaient si profondes qu’il put rester près de terre. La nuit fut paisible. La brise s’éteignit pour ainsi dire avec les dernières lueurs du jour et ne reprit qu’à l’aube.

Comme il était facile d’aborder, les chasseurs attitrés de la colonie, Harbert et Gédéon Spilett, allèrent ce matin-là se promener pendant deux heures. Ils revinrent avec plusieurs chapelets de canards et de bécassines. Top avait fait merveille : grâce à son zèle et à son adresse, aucune pièce de gibier n’avait été perdue.

À huit heures du matin, le Bonadventure appareilla et fila très vite vers le cap Mandibule-nord. Il avait le vent arrière, et la brise tendait à se renforcer.

— D’ailleurs, dit Pencroff, je ne serais pas étonné qu’un coup de vent d’ouest se prépare. Hier, le soleil s’est couché sur un horizon très rouge. Et ce matin, ces « queues de chat » n’annoncent rien de bon.

Ces queues de chat étaient des cirrus effilés, dispersés au zénith, dont la hauteur n’est jamais inférieure à cinq mille pieds au-dessus de la mer. Ils ressemblaient à de légers morceaux de ouate, dont la présence annonce généralement une perturbation prochaine des éléments.

— Eh bien, dit Cyrus Smith, mettons autant de toile que possible et cherchons refuge dans le golfe du Requin. Je pense que le Bonadventure y sera en sûreté.

— Tout à fait, répondit Pencroff. Et la côte nord n’est faite que de dunes assez peu intéressantes à regarder.

— J’aimerais passer dans cette baie non seulement la nuit, mais aussi toute la journée de demain, ajouta l’ingénieur. Elle mérite d’être explorée soigneusement.

— Je crois que nous y serons forcés, que nous le voulions ou non, répondit Pencroff. L’horizon commence à devenir menaçant à l’ouest. Voyez comme il s’assombrit !

— En tout cas, nous avons bon vent pour atteindre le cap Mandibule, fit observer le reporter.

— Très bon vent, répondit le marin. Mais il faudra louvoyer pour entrer dans le golfe. Et j’aimerais assez y voir clair dans ces parages inconnus !

— Des parages qui doivent être semés d’écueils, ajouta Harbert, à en juger par ce que nous avons vu sur la côte sud du golfe du Requin.

— Pencroff, dit Cyrus Smith, faites pour le mieux. Nous nous en remettons à vous.

— Soyez tranquille, monsieur Cyrus, répondit le marin. Je ne prendrai pas de risque inutile ! J’aimerais mieux un coup de couteau dans mes œuvres vives qu’un coup de roche dans celles de mon Bonadventure !

Pencroff appelait « œuvres vives » la partie immergée de la coque de son embarcation. Il y tenait plus qu’à sa propre peau !

— Quelle heure est-il ? demanda Pencroff.

— Dix heures, répondit Gédéon Spilett.

— Et quelle distance reste-t-il jusqu’au cap, monsieur Cyrus ?

— Environ quinze milles, répondit l’ingénieur.

— C’est l’affaire de deux heures et demie, dit le marin. Nous serons donc à hauteur du cap entre midi et une heure. Malheureusement, la marée s’inversera à ce moment-là, et le courant sortira du golfe. Je crains qu’il soit difficile d’y entrer, avec le vent et la mer contre nous.

— D’autant plus que c’est la pleine lune aujourd’hui, fit observer Harbert, et que les marées d’avril sont très fortes.

— Eh bien, Pencroff, demanda Cyrus Smith, ne pouvez-vous pas mouiller à la pointe du cap ?

— Mouiller près de terre avec du mauvais temps en vue ! s’écria le marin. Vous n’y pensez pas, monsieur Cyrus ! Ce serait vouloir s’échouer !

— Alors, que ferez-vous ?

— J’essaierai de rester au large jusqu’à la marée montante, c’est-à-dire jusqu’à sept heures du soir. S’il fait encore un peu jour, je tenterai d’entrer dans le golfe. Sinon, nous tirerons des bords toute la nuit et nous entrerons demain au lever du soleil.

— Comme je vous l’ai dit, Pencroff, nous nous en remettons à vous, répondit Cyrus Smith.

— Ah ! fit Pencroff, si seulement il y avait un phare sur cette côte ! Ce serait plus commode pour les navigateurs !

— Oui, répondit Harbert. Cette fois, nous n’aurons pas d’ingénieur serviable pour allumer un feu et nous guider au port !

— Tiens, au fait, mon cher Cyrus, dit Gédéon Spilett, nous ne vous avons jamais remercié. Mais franchement, sans ce feu, nous n’aurions jamais pu atteindre…

— Un feu… ? demanda Cyrus Smith, très étonné des paroles du reporter.

— Nous voulons dire, monsieur Cyrus, répondit Pencroff, que nous avons été en grande difficulté à bord du Bonadventure pendant les dernières heures avant notre retour. Nous serions passés sous le vent de l’île si vous n’aviez pas pris la précaution d’allumer un feu sur le plateau de Granite-house, dans la nuit du 19 au 20 octobre.

— Oui, oui !… Quelle heureuse idée j’ai eue là ! répondit l’ingénieur.

— Cette fois, ajouta le marin, à moins qu’Ayrton n’y pense, personne ne nous rendra ce petit service !

— Non ! Personne ! répondit Cyrus Smith.

Quelques instants plus tard, seul à l’avant avec le reporter, l’ingénieur se pencha à son oreille et lui dit :

— S’il est une chose certaine en ce monde, Spilett, c’est que je n’ai jamais allumé de feu dans la nuit du 19 au 20 octobre, ni sur le plateau de Granite-house ni dans aucune autre partie de l’île !

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